Les marchés financiers nous rappellent régulièrement une règle essentielle : ce qui compte n’est pas seulement ce qui a déjà monté, mais surtout ce qu’il reste potentiellement à gagner.
L’année 2026 en est une parfaite illustration.
Nous avons connu des mouvements considérables sur le pétrole, les valeurs énergétiques, l’or, l’argent et, plus récemment, sur les compagnies minières.
Mais après ces progressions, une question devient centrale pour l’investisseur :
Où se trouve désormais le meilleur rapport entre potentiel de hausse et risque ?
Faut-il continuer à privilégier les compagnies pétrolières ? Profiter des corrections pour renforcer les minières ? L’argent peut-il encore surperformer l’or ?
Essayons d’y voir plus clair.
LE PÉTROLE : UN MARCHÉ BEAUCOUP PLUS TENDU QU’IL N’Y PARAÎT
Le Brent a connu ces derniers mois une volatilité rarement observée.
Le pétrole a été balloté entre deux forces opposées.
D’un côté, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les perturbations autour du détroit d’Ormuz limitent l’offre disponible.
De l’autre, la hausse des prix de l’énergie et le ralentissement de la demande mondiale commencent eux-mêmes à peser sur la consommation.
C’est ce qui rend la lecture du marché particulièrement intéressante.
Dans son rapport du mois d’août, l’Agence internationale de l’énergie estime que le marché pétrolier mondial pourrait présenter un déficit d’environ 1,8 million de barils par jour au troisième trimestre 2026.
Les stocks mondiaux observés ont par ailleurs chuté de 69 millions de barils au mois de juillet. Depuis le début du conflit, la diminution cumulée atteindrait environ 410 millions de barils.
Ce sont des chiffres considérables.
Le marché dispose donc de moins en moins de coussins de sécurité.
Et le détroit d’Ormuz reste évidemment au centre de l’équation.
En temps normal, environ 20 millions de barils par jour de pétrole et de produits pétroliers transitent par cette zone stratégique, soit environ 25 % du commerce pétrolier maritime mondial. Les capacités permettant de contourner le détroit restent limitées, estimées entre 3,5 et 5,5 millions de barils par jour.
Cela signifie qu’une amélioration géopolitique peut faire brutalement baisser le pétrole.
Mais l’inverse est également vrai.
Toute nouvelle dégradation de la situation peut provoquer une nouvelle tension extrêmement rapide sur les prix.
Nous sommes donc face à un marché dans lequel le risque géopolitique reste considérable.
LE BRENT BAISSE : FAUT-IL POUR AUTANT VENDRE LES PÉTROLIÈRES ?
C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes actuellement.
Car il existe une erreur assez fréquente chez les investisseurs :
considérer qu’acheter une compagnie pétrolière revient simplement à acheter du pétrole.
Ce n’est pas le cas.
Prenons TotalEnergies.
TotalEnergies est un groupe intégré qui intervient dans l’exploration-production, le raffinage, le LNG, l’électricité et différentes activités énergétiques.
Cette diversification peut lui permettre d’amortir partiellement certaines fluctuations du pétrole.
Les résultats du deuxième trimestre 2026 l’ont encore démontré.
Dans un environnement de prix élevés, TotalEnergies a publié un cash-flow trimestriel de 9,8 milliards de dollars et un résultat net ajusté de 6 milliards de dollars.
Le groupe a également ramené son ratio d’endettement à 13 % et augmenté son acompte sur dividende de 5,9 %.
Voilà pourquoi je continue de distinguer deux choses :
le comportement du Brent à court terme et la capacité d’une major pétrolière à générer du cash sur plusieurs années.
Lorsque le Brent corrige, certaines compagnies pétrolières peuvent également baisser.
Mais si leur rentabilité reste élevée, leur bilan solide et leur capacité à distribuer du cash importante, la baisse de leur cours peut aussi créer une opportunité.
Tout dépend évidemment du prix auquel nous achetons.

LES MINIÈRES : LE LEVIER OPÉRATIONNEL EST EN TRAIN DE FONCTIONNER
Passons maintenant au secteur qui m’intéresse particulièrement depuis plusieurs mois : les mines.
Le raisonnement est relativement simple.
Lorsqu’une compagnie minière produit une once d’or pour un coût donné, chaque hausse supplémentaire du prix de l’or peut avoir un impact disproportionné sur sa marge.
Prenons un exemple volontairement simplifié.
Une compagnie produit une once d’or avec un coût global de 2 000 dollars.
Si l’or vaut 3 000 dollars, sa marge théorique est de 1 000 dollars.
Si l’or passe à 4 000 dollars, le prix du métal n’a augmenté que de 33 %, mais la marge théorique est passée de 1 000 à 2 000 dollars.
Elle a doublé.
C’est ce que nous appelons le levier opérationnel.
Et nous commençons justement à voir ce mécanisme apparaître très clairement dans les résultats financiers des producteurs.
DES MARGES HISTORIQUES POUR LES PRODUCTEURS D’OR

Les dernières données publiées par le World Gold Council sont particulièrement impressionnantes.
Au premier trimestre 2026, la hausse du prix de l’or a largement dépassé celle des coûts de production.
Résultat :
la marge moyenne calculée entre le prix de l’or et l’AISC a atteint un record de 3 076 dollars par once.
Cette marge a progressé de 25 % sur un trimestre et de 134 % sur un an.
C’est précisément le phénomène que nous recherchons lorsque nous investissons dans les compagnies minières.
Mais il y a quelque chose d’encore plus intéressant.
Cette fois-ci, les producteurs semblent avoir retenu certaines leçons des précédents cycles haussiers.
Pendant les précédents booms des matières premières, beaucoup de compagnies minières avaient commis la même erreur : elles avaient utilisé leurs énormes cash-flows pour multiplier les acquisitions et les investissements parfois très coûteux.
Aujourd’hui, une partie du secteur semble beaucoup plus disciplinée.
Le cash sert davantage à :
- réduire la dette ;
- renforcer les bilans ;
- augmenter les dividendes ;
- racheter des actions ;
- financer des projets offrant réellement un retour sur investissement intéressant.
Cette discipline change considérablement la qualité financière du secteur.
NEWMONT : UN EXEMPLE DE LA PUISSANCE DU LEVIER MINIER

Prenons le leader mondial Newmont.
Au premier trimestre, Newmont a généré environ 3,1 milliards de dollars de free cash-flow, un record trimestriel, et a restitué environ 2,7 milliards de dollars à ses actionnaires.
Le groupe a également autorisé un programme supplémentaire de rachats d’actions de 6 milliards de dollars.
Ce type de chiffres aurait été difficilement imaginable quelques années auparavant.
Et c’est précisément la raison pour laquelle les investisseurs commencent à regarder les minières différemment.
Pendant longtemps, acheter de l’or était considéré comme plus simple et moins risqué qu’acheter les producteurs.
Aujourd’hui, avec des marges aussi importantes, certaines compagnies minières redeviennent de véritables machines à générer du cash.
MAIS ATTENTION : UN MARCHÉ HAUSSIER NE MONTE JAMAIS EN LIGNE DROITE
La séance du vendredi 28 août nous en a donné une parfaite illustration.
Après les déclarations du président de la Réserve fédérale américaine Kevin Warsh, les anticipations de hausse des taux ont fortement augmenté.
Conséquence immédiate :
le dollar s’est renforcé et les métaux précieux ont brutalement corrigé.
L’or spot a perdu environ 3 %, tandis que l’argent reculait d’environ 3,5 %.
Ce mouvement est parfaitement logique.
L’or ne produit aucun rendement.
Lorsque les investisseurs anticipent une remontée des taux d’intérêt, les actifs obligataires deviennent relativement plus attractifs et le dollar peut s’apprécier.
À court terme, cela peut peser fortement sur les métaux précieux.
Mais il faut distinguer deux horizons.
La correction de quelques séances ne signifie pas nécessairement que la tendance de fond est terminée.
C’est précisément là que l’analyse technique retrouve toute son importance.
L’ARGENT : PEUT-ÊTRE LE MÉTAL LE PLUS INTÉRESSANT À SURVEILLER
L’argent présente une caractéristique différente de l’or.
Il possède une double nature.
C’est à la fois :
un métal monétaire et un métal industriel.
Il bénéficie donc potentiellement de deux moteurs.
Lorsque les investisseurs recherchent une protection monétaire, l’argent peut accompagner l’or.
Mais lorsque l’activité industrielle, l’électrification, le solaire ou les infrastructures électriques soutiennent la demande physique, il bénéficie également de son utilisation industrielle.
Cette double exposition peut provoquer des mouvements beaucoup plus violents.
Dans les phases haussières des métaux précieux, l’argent a souvent tendance à afficher une volatilité supérieure à celle de l’or.
Cela fonctionne évidemment dans les deux sens.
Vendredi, par exemple, l’argent a davantage corrigé que l’or.
Mais c’est justement cette volatilité qui peut créer des opportunités sur les producteurs d’argent lorsque les points d’entrée deviennent intéressants.
LE RERATING DES MINIÈRES A-T-IL COMMENCÉ ?
C’est probablement la question centrale.
Une action peut progresser de deux façons.
Première possibilité :
ses bénéfices augmentent.
Deuxième possibilité :
le marché accepte de payer plus cher ces bénéfices.
Et lorsque les deux phénomènes se produisent simultanément, nous obtenons l’une des configurations les plus puissantes en Bourse.
Prenons une société qui gagne 1 dollar par action et se paie 10 fois ses bénéfices.
Sa valeur théorique est de 10 dollars.
Supposons maintenant que, grâce à la hausse de l’or, son bénéfice passe de 1 à 2 dollars.
À multiple constant, l’action pourrait théoriquement valoir 20 dollars.
Mais imaginons qu’en parallèle les investisseurs retrouvent confiance dans le secteur et acceptent désormais de payer 15 fois les bénéfices.
Nous obtenons alors :
2 dollars × 15 = 30 dollars.
C’est cela que nous recherchons lorsque nous parlons de rerating.
La hausse du métal augmente les résultats.
Et l’amélioration des résultats attire de nouveaux investisseurs, ce qui peut provoquer une expansion des multiples de valorisation.
PÉTROLE OU MINES : FAUT-IL VRAIMENT CHOISIR ?
Je ne pense pas.
Et c’est probablement l’une des conclusions les plus importantes de cet article.
Le pétrole et les métaux précieux répondent aujourd’hui à des logiques différentes.
Le pétrole bénéficie d’un marché physique extrêmement perturbé et d’une offre contrainte.
L’or bénéficie notamment des incertitudes monétaires, géopolitiques et financières.
L’argent ajoute à cette dimension monétaire une demande industrielle.
Les compagnies minières, enfin, peuvent bénéficier du levier opérationnel provoqué par la hausse des métaux.
L’investisseur n’est donc pas obligé de faire un choix binaire entre pétrole et mines.
La véritable question est plutôt celle de l’allocation du capital.
CE QUE JE SURVEILLE POUR SEPTEMBRE
Les prochaines semaines seront particulièrement intéressantes.
Sur le pétrole, je surveillerai évidemment l’évolution du Brent et surtout la situation au Moyen-Orient.
Le marché pétrolier reste suffisamment tendu pour qu’un événement géopolitique puisse rapidement modifier l’équilibre entre offre et demande.
Sur TotalEnergies et les autres pétrolières, je regarderai surtout si les cours commencent à se décorréler favorablement du Brent.
Une compagnie qui résiste alors que sa matière première baisse envoie parfois un signal intéressant.
Du côté des minières, je vais observer attentivement la réaction après la correction des métaux précieux.
Une correction est saine tant qu’elle ne détruit pas la tendance principale.
Et surtout, je continuerai à regarder les résultats des sociétés.
Car derrière les graphiques, il existe désormais une réalité fondamentale extrêmement importante :
les producteurs d’or génèrent des marges et des cash-flows que nous n’avions plus vus depuis très longtemps.
LA PROCHAINE SURPERFORMANCE NE SERA PEUT-ÊTRE PAS LÀ OÙ TOUT LE MONDE REGARDE
C’est probablement le point essentiel.
Lorsque tout le monde parle d’un secteur, une partie importante de la hausse peut déjà avoir eu lieu.
À l’inverse, certaines des meilleures opportunités apparaissent lorsque les fondamentaux s’améliorent avant que l’ensemble du marché ne s’en rende compte.
C’est exactement ce que nous essayons de faire chez Power-Trade.
Nous ne cherchons pas à prévoir chaque mouvement du marché.
Nous cherchons à identifier des secteurs bénéficiant d’un environnement favorable, puis à utiliser l’analyse technique pour déterminer nos points d’intervention.
Fondamental pour savoir quoi acheter.
Technique pour essayer de déterminer quand l’acheter.
Cette approche nous conduit aujourd’hui à continuer de surveiller simultanément le secteur pétrolier et le secteur minier.
Les deux conservent des arguments fondamentaux puissants.
Mais les moteurs de leur prochaine phase de hausse seront probablement différents.
Le pétrole dépendra largement de l’évolution de l’offre mondiale et de la situation géopolitique.
Les minières dépendront de leur capacité à transformer les prix élevés des métaux en bénéfices, free cash-flows et distributions aux actionnaires.
Et c’est peut-être là que se trouve actuellement l’une des histoires les plus intéressantes du marché.
Car ce qui compte en Bourse n’est jamais ce que nous avons déjà gagné.
Ce qui compte, c’est ce qu’il reste encore à gagner.
Avertissement
Cet article reflète notre analyse à la date de publication. Il ne constitue ni une recommandation personnalisée d’achat ou de vente, ni un conseil en investissement. Les investissements dans les sociétés minières sont par nature volatils et comportent un risque de perte en capital. Chaque investisseur doit effectuer ses propres recherches avant toute décision d’investissement.
Article écrit par Patrick GUIBOUD-RIBAUD le 29 août 2026

