North Atlantic Energy : encore un tour ?

  • Dernière modification de la publication :9 août 2026
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Ceux qui lisent fréquemment les articles du site Power Trade savent que North Atlantic Energy (anciennement Esso) est un peu notre marotte. Nous avions déjà écrit des articles à ce sujet.

Depuis, énormément d’eau a coulé sous les ponts et la situation a beaucoup évolué.

Un bref rappel des faits.

En 2024, Esso S.A.F. (dont la maison mère est la major américaine Exxon Mobil) a cédé sa raffinerie de Fos-sur-Mer (capacité d’environ 140 000 barils/jour) ainsi que certains terminaux au consortium Rhône Energies (Entara et Trafigura). L’opération, finalisée le 1er novembre 2024, a recentré le périmètre sur le site de Gravenchon (Port-Jérôme-sur-Seine), deuxième raffinerie de France avec une capacité d’environ 12 millions de tonnes par an : cela représente près de 20 % des capacités françaises.

Fin mai 2025, ExxonMobil est entré en négociations exclusives avec le groupe canadien North Atlantic pour céder sa participation de 82,89 % dans Esso S.A.F. ainsi que 100 % d’ExxonMobil Chemical France. La transaction a été finalisée le 28 novembre 2025 au prix de 26,19 € par action pour le bloc de contrôle après distribution d’un très gros dividende. Esso S.A.F. a adopté le nom North Atlantic Energies et le ticker est passé de ES à NAE.

Conformément à la réglementation, North Atlantic France a annoncé le dépôt d’une offre publique d’achat simplifiée obligatoire sur le flottant restant, au prix de 28,93 € par action. Cette offre devait potentiellement ouvrir la voie à un retrait obligatoire (OPR) si les seuils étaient atteints.

La résistance des actionnaires minoritaires

Le prix de 28,93 € est apparu rapidement déconnecté de la réalité de marché. Des actionnaires minoritaires (dont moi) se sont organisés pour contester l’offre, estimant qu’elle ne reflétait pas la valeur de l’actif restant (Gravenchon) ni le potentiel de marges dans un environnement tendu. J’avais décidé de conserver mes actions et j’ai fait un signalement à l’AMF qui n’a (bien sûr) rien donné.

Un investisseur particulier, Allan Green, via ses participations personnelles et les sociétés qu’il contrôle (Candel & Partners, Digital Innovations Holding), a progressivement accumulé des titres. Il a franchi le seuil des 5 % du capital et des droits de vote en mai 2026.

Je dois dire que son exemple m’a inspiré. En février 2026, j’en avais repris 100 à 38,7 € et je l’avais signalé aux abonnés Pros via Discord.  

Il y a eu plusieurs initiatives des minoritaires (dépôt de résolutions en assemblée, communication publique) pour faire valoir que le prix proposé était insuffisant. L’assemblée générale de juin 2026 a illustré les tensions entre le conseil d’administration et une partie du flottant. De mon point de vue, cette AG que j’ai vu en vidéoconférence, a clairement illustré le divorce entre l’actionnaire majoritaire et les minoritaires dont je fais partie. Elle m’a conforté dans mon appréciation très négative de la communication et de l’attitude du management envers les minoritaires.

Le catalyseur : le conflit USA/Israël-Iran et l’envolée des marges de raffinage

Le déclencheur de la revalorisation du titre a été l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran à partir de fin février / début mars 2026. La perturbation des flux via le détroit d’Ormuz, les attaques sur des infrastructures pétrolières et le resserrement de l’offre de produits raffinés ont fait exploser ce que l’on appelle les crack spreads (écarts entre le prix du brut et celui des produits finis).

Les marges de raffinage européennes ont atteint des niveaux exceptionnels. L’indicateur de marge brute de raffinage de la DGEC était déjà en hausse en 2025 (57 €/t en moyenne contre 44 €/t en 2024). En 2026, les tensions géopolitiques ont porté ces marges à des sommets rarement observés depuis 2022, avec des crack spreads diesel et kérosène particulièrement élevés.

Nous verrons plus bas dans l’article les estimations de marge et les implications pour North Atlantic Energies.

Cette situation a transformé le profil de rentabilité potentiel de North Atlantic Energies, même amputé de Fos-sur-Mer. Gravenchon, avec sa taille et sa position stratégique, capture directement ces marges élevées.

Mais bien évidemment, NAE n’a franchement varié concernant sa communication aux actionnaires.

Seule concession : North Atlantic France a indiqué qu’elle ne demanderait pas forcément la mise en œuvre d’un retrait obligatoire à l’issue de l’offre.

Pour l’instant, l’offre n’a pas encore été formellement déposée auprès de l’AMF dans les conditions initialement envisagées, les travaux de l’expert indépendant n’étant pas finalisés.

Des facteurs de soutien qui persistent

Plusieurs éléments prolongent et amplifient la tension sur les marchés des produits raffinés :

  • La sécheresse exceptionnelle qui affecte le Rhin. Les niveaux d’eau historiquement bas limitent fortement le transport fluvial de produits pétroliers, charbon, minerais et produits chimiques. L’industrie allemande (chimie, sidérurgie) subit des contraintes logistiques majeures, avec des capacités de chargement des barges parfois réduites au tiers. Cela renchérit les coûts et perturbe les flux énergétiques européens, soutenant indirectement la demande pour les produits issus des raffineries côtières françaises.
  • L’attaque des Houthis (alignés sur l’Iran) contre la raffinerie saoudienne de Jazan (Aramco) revendiquée le 9 août 2026. Un incendie a été maîtrisé, mais l’attaque s’inscrit dans une série de frappes visant des infrastructures saoudiennes et maintient une prime de risque géopolitique sur l’offre régionale.

Ces événements, combinés aux incertitudes persistantes sur la réouverture complète du détroit d’Ormuz et aux tensions en mer Rouge, plaident pour le maintien de marges de raffinage élevées sur le reste de 2026, voire au-delà si le conflit se prolonge ou si de nouvelles perturbations interviennent.

A ce sujet, n’oublions pas la déclaration d’Amin Nasser, PDG d’Aramco, la plus grande compagnie pétrolière du monde et donc propriétaire de Jazan qui a fait une déclaration claire et assez marquante le 4 août 2026, c’est-à-dire peu avant l’attaque sur Jazan :

« The global refining system is stretched heavily as refineries are operating at near maximum utilization rates. This has clearly left the system with little shock absorbers or buffers. »

En bon français : « Le système de raffinage mondial est fortement tendu car les raffineries fonctionnent à des taux d’utilisation proches du maximum. Cela a clairement laissé le système avec très peu d’amortisseurs ou de marges de manœuvre. »

Il a ajouté que :

  • Les marges de raffinage devraient rester exceptionnellement élevées tout au long du second semestre 2026.
  • Il existe un décalage entre les marchés à terme (futures) et les marchés physiques, comme le montrent les fortes marges de raffinage, qui reflètent une tension réelle sur les produits raffinés (surtout le diesel et le jet fuel).
  • Toute panne majeure ou arrêt prolongé non planifié d’une raffinerie pourrait mettre le système d’approvisionnement énergétique mondial sous une pression encore plus forte.

Valorisation et potentiel

Avec une capitalisation boursière autour de 870-900 M€ (cours de l’ordre de 69 € mi-août 2026) et un EBITDA ajusté déjà positif de 179 M€ en 2025 (malgré la cession de Fos, un grand arrêt de maintenance et une dépréciation d’actifs de 206 M€), le titre apparaît très attractif si les marges actuelles se maintiennent.

Pour rappel, les marges de raffinage sont affichées chaque semaine sur le site de l’UFIP (Union Française des Industries Pétrolières). Voici ce qui était affiché pour la dernière semaine de Juillet :

DateMarge de raffinage ( € / tonne)
24/07/2026197,49 €
27/07/2026231,98 €
28/07/2026282,40 €
29/07/2026290,64 €
30/07/2026273,70 €
31/07/2026246,64 €

Des marges supérieures à 220 € / tonne sont du jamais vu ! En 2021, on était même tombé à 14 € / tonne. Cela pourrait représenter de l’ordre de 5 à 6 € de bénéfice par action et par mois si les marges se maintenaient à ces niveaux extrêmes

Le 29 juillet 2026, ces marges se sont affichées à 290,64 € / tonne (record absolu) !

Pour vous donner une idée de l’évolution sur ces dernières années, voici un graphique tiré du site ecologie.gouv.fr :

Bien entendu, chaque raffinerie a ses propres spécificités : on ne peut pas déduire directement le niveau de marge de la raffinerie de Gravenchon à partir des chiffres fournis par l’UFIP. Mais quand même, il y a corrélation.

Donc effectivement, dans un scénario de marges élevées prolongées, le PER de North Atlantic Energies (même réduit à Gravenchon seul) pourrait descendre vers 2, voire 1, selon le niveau de résultat net généré.

Je croirais presque réécrire l’article de 2024. C’est assez amusant mais le cours est presque à l’identique de celui à la date de l’article (71,4 €). Bon entre temps, on a eu des distributions de dividendes :

  • 15 € (dont 12 € d’exceptionnel) le 08 juillet 2024
  • 53 € par action (dont 50 € d’exceptionnel) le 10 juillet 2025
  • 60,21 € de dividende exceptionnel le 14 novembre 2025

Donc oui, Esso a distribué 128,21 € par action … avant de revenir au même cours.

Et oui également : l’action NAE est sous-valorisée à ce niveau, au regard des marges de raffinage et de l’environnement géopolitique actuel.


Facteurs de prudence

Quand on a compris tout cela, on a envie de se gorger d’actions NAE à tout prix. Mais en fait, il y a 2 facteurs qui vont probablement freiner considérablement l’évolution du cours :

  1. Tout d’abord, l’état français, c’est bien connu, a besoin d’argent et il n’hésitera pas à faire une taxe exceptionnelle touchant les raffineurs. Cela me semble très probable. En France, les 3 seules entreprises touchées seront Total, Rhône Energies (Trafigura) et donc North Atlantic Energy. Personne n’ira faire grève pour ces 3 sociétés. 
  2. La société elle-même : aussi bien au travers d’Exxon Mobil et encore plus de North Atlantic Energy, tout est fait pour discriminer l’actionnaire individuel, pour montrer que NAE est une pauvre petite société qui ne gagne pas d’argent (cf. la déclaration des résu et pour inciter l’actionnaire à participer à l’offre public de retrait à 28,93 € … dont ils nous ont gentiment précisé qu’elle ne serait plus obligatoire.

Franchement, je n’ai aucune confiance dans le management et l’actionnariat majoritaire de NAE. On est à des années-lumière de Total qui récompense toujours ses actionnaires au mieux possible.

Analyse graphique et position de Power Trade

Graphiquement, le titre a fortement rebondi depuis les niveaux post-cession et post-annonce d’OPA (autour de 25-40 €), pour s’établir durablement au-dessus des 60 €, avec des sommets récents au-delà de 70 €. La tendance de fond reste haussière tant que les marges de raffinage restent soutenues par le contexte géopolitique. Un retour sous les 50-55 € constituerait un signal de fragilité.

Cours de l’action Esso // North Atlantic Energy sur 1 an // On observe la baisse consécutive à la distribution du dividende

Chez Power Trade, nous privilégions les valeurs énergétiques et industrielles capables de tirer parti des chocs d’offre et des tensions géopolitiques, plutôt que les « pure players » de croissance purement narratifs. North Atlantic Energies s’inscrit dans cette logique : un actif de raffinage français de taille significative exposé positivement à un environnement de marges élevées.


Cet article ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Chaque investisseur doit effectuer ses propres analyses et, le cas échéant, consulter un professionnel. Les marchés de l’énergie restent volatils et soumis à des risques géopolitiques élevés.

Vous pouvez retrouver nos analyses régulières sur le site Power Trade ainsi que sur les chaînes YouTube Power-Trade, Power Trade Futures, Power Trade Crypto et Matière à Profit.

Ecrit par Gilles Lerat – Cours à la date de l’écriture de l’article : 69,30 €

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